Pierre Henry

Je deviens de plus en plus schizo

 

Date

1972

Collection

Item Relations

This Item Annote Deuxième symphonie

To cite this document

Henry, Pierre, 1927-2017, “Je deviens de plus en plus schizo,” Pierre Henry, accessed September 16, 2026, https://pierre-henry.org/items/show/1789.

Alternative Title

par Pierre Henry

Creator

Henry, Pierre, 1927-2017

Description

"Je passe mon temps à aider ma musique.
Je l'accouche, je la réprimande, je la nourris, je l'habille, je l'excite, je l'emmène en vacances. Je lui donne la vie, mais la vie, d'où vient-elle ? Je donne la vie à des sons électriques complètement morts. Et il y a mieux. 
Il y a ce qui me passionne maintenant : il y a les effets Larsen. J'ai décidé de ne faire ma nouvelle œuvre qu'avec eux : ma « Deuxième Symphonie », oui, deuxième, parce que la première, c'était la « Symphonie pour un homme seul », et, je vous attends, la « Deuxième » sera créée au Cirque d'hiver le 20 juin, vous vous rendez compte, c'est la première fois qu'on redonne des concerts au Cirque d'hiver depuis le XIXe siècle... Le Cirque d'hiver... Là où Fellîni a fait mourir ses clowns !...
LA CHAMBRE SOURDE
Les effets Larsen ! ... J'ai envie d'en parler. Des sons qui s'auto-entretiennent, des sons qui ne subissent que leur propre influence... Pas rebelles, mais fiers... J'en avais déjà attrapé toute une série, il y a vingt ans, dans la chambre sourde des Télécommunications, et ils m'ont fait faire Le Voyage. J'en ai voulu d'autres, plus neufs, et je suis allé au début de l'année à Brest, dans la plus grande chambre sourde d'Europe, celle de Cabasse. Aucune paroi ne réfléchit les sons. Je suis resté des heures à bouger avec un micro dans la main, à gesticuler, à faire vraiment (dans tous les sens) de la, gestation. C'est une musique qui nait à cause des gestes. Des sons très aigus, décervelants ... Des sons rugueux, des sons graillonnants ... Des sons qui pénètrent chaque partie du corps... Il faut se concentrer ; il faut, au risque de perdre l'équilibre, le micro tendu à bout de bras, trouver l'endroit où le son, dans cette chambre, va se donner à vous.
Aujourd'hui, ça y est : les nouveaux Larsen sont dans ma sonothèque, à côté d'autres boites que je n'ose pas ouvrir car, dedans, il y a des sons vivants comme des êtres, il y a même, j'en suis sûr, la voix de Dieu. D'ailleurs, dans ma sonothèque, il y a tout.
UNE GROSSE ENTITE
Et je suis dans mon studio comme le cerveau d'une grosse entité qui se nourrit elle-même et qui n'a plus besoin d'apport extérieur. Je deviens une machine, je deviens une courroie de transmlsslon, mais cette machine n'est pas bête, c'est une machine caustique, une machine grinçante et drôle, c'est le cri d'un corbeau.
L'autre jour, dans le Boeing qui me ramenait de Montréal (curieux endroit, Montréal : c'est un mélange de Francfort et de Madrid), je me suis dit : « Ta musique a quelques facettes, et ces facettes sont déjà toutes travaillées. » Vous trouvez ça décourageant, d'en arriver là ? Non, non, pas du tout : ça va m'occuper jusqu'à ma mort et, par dessus le marché, je donne un siècle de travail aux autres, aux musiciens futurs, pas à ceux de maintenant qui vont se retrouver Gros-Jean comme devant parce que, ceux-là, de ce qu'ils font, il ne restera que couic : lls travaillent trop pour aujourd'hui."

Date Created

1972-06

Production

Publisher

Le Pariscope

Sources

Identifier

http://pierre-henry.org/items/show/1789

Source

Fonds Pierre Henry, dossier n°4

Item Relations

This Item Annote Item: Deuxième symphonie

Visionneuse de document